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Les danses sociales Imprimer cet article Envoyer cet article à un ami

Classé dans : L'ours en tutu

chacha, valse, rock, vous connaissez?

Henri essaie honnêtement de choisir : laquelle des Danses sociales préfère-t-il? Avec qui et comment veut-il surtout danser? Ces questions commandent des choix impossibles. C,est comme si on demandi à Henri :«Lequel de tes enfants aimes-tu le plus?» ou «Choisis un de tes doigts?» Impossible, inacceptable. Certains soirs les danses latinos dominent, à d’autres moments les européennes fascinent et des éclairs américains peuvent toujours éclater au ciel des préférences. Quelle danse est la plus belle, la plus coquine, la plus compliquée, la plus amusante, la plus sensuelle, la moins fatigante, la moins menaçante, la moins accaparante, la meilleure pour la créativité, pour l’espace, pour la douceur, pour la folie???

Danser avec Rose ne ressemble en rien à danser avec Blanche, sur le même air, sur la même piste. Danser en se regardant dans les yeux ou danser en supervisant la piste ne rend pas la même complicité. Danser en portant une robe vaporeuse ne donne pas le même effet de légèreté que de danser en pantalon sexy. Danser une Valse lente après un Rock fou n’offre pas la même détente que de danser une Rumba pépère après une Samba de carnaval. Danser un Meringue en début de soirée torture les hanches, en mi-soirée il glisse joyeusement, en fin de soirée il sonne déplacé. Danser une Lambada avec une partenaire laide constitue une offense; danser un Paso doble sans connaître la musique manifeste un manque grave de respect de soi. Danser un Mambo tout de suite après un Quick step oblige un trop grand saut de l’Atlantique. Danser la grande Valse avec les sueurs d’un Charleston offense toutes les pores d’une peau sensible. Choisir la meilleure, pourquoi? Mieux vaut choisir le meilleur moment avec la meilleure partenaire sur la meilleure musique.

Faire parler les danses sociales représente un exercice du même calibre que de diriger un orchestre symphonique où chaque instrument déploie ses prérogatives. Chaque danse veut prendre sa place dans l’ensemble tout en espérant un solo dévastateur; chaque danse se veut unique tout en s’inspirant de quelques-unes de ses semblables; chaque danse se distingue par le rythme et par le pas de base mais elles peuvent aussi se grouper par sections : les cubaines (Salsa, rumba, mambo, chacha), les américaines (Jive, Charleston, Rock, triple Swing), les sud américaines (samba, lambada, meringue), les anglaises (valse lente, fox trot, quick step, Tango européen), l’espagnole (Paso doble) et la valse autrichienne.

Rose flotte sur un Fox trot; elle menotte les notes et les pas sur l’innox. Elle secoue le Charleston comme une folle des années vingt. Elle picore le Paso doble comme une gitane en mal de Tango. Elle valse joyeusement sur un air d’empire et elle valse lentement dans un bal de fin du monde. Rose charme sur un Cha-cha, plaît sur un Mambo, excite en Samba et succombe en Rumba. Le Quick step annonce la brise, le Triple Swing renforce le vent, le Rock confirme la tempête avant que le Tango ne garde le tout sous contrôle.

Le secret est dans le mixage, rythmes et partenaires entremêlés, figures en séries mais séries en batailles, pas connues mais liaisons nouvelles, surprises de la pose ou de la pression, rapprochement inattendu et tournoiement exubérant. Le secret réside dans la variété, mouvements gracieux et secousses en cadences, sourires coquins et regards langoureux, petits pas et longues promenades. Le secret de la danse sociale s’offre à toutes et à tous, par moments, comme une magie à peine saisie, rapidement envolée et pourtant renouvelable, presque à souhait.

Henri en a fait la douceur de sa vie. Rose en revit la joie de la douceur. Sylvie et Franck y confirment leur bonheur. Annette et Jacques y confrontent les limites de leurs malheurs. Sylvie danse avec Franck le Tango et le Fox trot comme s’ils venaient de se découvrir, comme s’ils se faisaient la cour, comme s’ils allaient faire l’amour. Dans le Cha-cha chaque figure est prétexte à charme, dans le Meringue toute est déjà dans le bas ventre, dans le Mambo çà devient indécent, et dans la Samba heureusement qu’ils sont mariés sinon il y aurait bannissement. Le vendeur de vestons cravates et la spécialiste des rabais en bottes feraient rougir leurs quatre enfants qui les ont pourtant vus pratiquer au salon des centaines de fois. Mais la pratique sert de casse-tête au monsieur et la soirée sert de récompense. La pratique de la dame est essentiellement tolérance et la soirée, jouissance.

Jacques et Annette se débrouillent bien maintenant dans les deux types de valses et dans la Rumba. Jacques mène et Annette se tait ce qui constitue non seulement un progrès énorme mais aussi un oasis de repos dans le tumulte des peurs du quotidien. Jacques suit la suggestion du prof Henri : « Prends ton temps, refais souvent le pas de base et, dans les soirées, ne danses que ce que tu as envie. C’est toi qui mène». Jacques suit ce conseil à la lettre pour trois raisons : il admire Henri, Franck et Sylvie l’encouragent et Annette suit d’autant qu’il s’affirme. La danse sociale n’est pas une panacée ni une thérapie conjugale mais dans leur cas, selon Annette «çà passe ou çà casse». Elle craignait tellement que çà casse, que çà passe.

Un commentaire sur “Les danses sociales”

    Un commentaire sur “Les danses sociales”

    1. Anonyme dit :

      Belles ribambelle de tarentelle menées par maître menuet décidément plus coquin que latin.

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